Henri et la Nouvelle Vague

 

C’est souvent à la Nouvelle Vague qu’on pense quand on évoque le cinéma français. Ce style-là ne connaît pas le consensus et provoque les passions. En 1959, après la projection d’Hiroshima mon amour au festival de Cannes, Marcel Achard, le président du jury, a dit : « C’est de la merde ». Le juré Favalelli lui a répondu : « Non, c’est l’œuvre d’un authentique génie. »

Hiroshima mon amour

Cette anecdote met en lumière une certaine conception du cinéma français selon laquelle, le réalisateur doit laisser le champ des possibles ouvert pour que les spectateurs puissent s’engueuler au sujet de la fin en rentrant à la maison.

Peu reconnus pour leur sens des nuances, les États-Uniens limitent le film français à la Nouvelle Vague (ils adoreraient pourtant Louis de Funès qui n’a rien à envier à Jerry Lewis). Pour eux, le cinéma français est prétentieux et égocentrique. Il est surtout verbeux. Ce constat met la table pour de magnifiques parodies.

Voyez Hollywood Ending de Woody Allen où un réalisateur aveugle ne réussit à caser son film minable qu’en France où on crie, d’ailleurs, au génie parce que personne n’y comprend rien.

Hollywood Ending

Will Braden est un réalisateur qui a eu la bonne idée de créer une parodie de film français existentialiste, déprimant et minimaliste. Comme personnage principal, il a choisi Henri, son chat noir dont l’ennui ne semble connaître aucune limite. Ne parlant pas un mot de français, il a fait traduire son excellent scénario par sa mère et a assuré lui-même la narration. Je précise qu’il parle le pire français de la terre. Sa mère devait avoir des courses à faire au moment des répétitions parce qu’on ne comprend rien. Les sous-titres anglais sont vraiment très utiles. Vous voilà prévenu.

Will et Henri

Il lui a fallu onze jours de tournage pour terminer son premier court métrage, qui a été produit par le très sérieux Institut du film de Seattle. Le deuxième épisode, Henri chez le Vet, a été lancé directement sur YouTube, et a valu à Braden et Henri la statuette de la meilleure vidéo de chat sur Internet. On est très loin du chat qui déboule un escalier.

Le chat blanc qui partage la vie de Henri ne souffre d’aucune dépression, n’a jamais connu de crise existentielle et apprécie une bonne gamelle, une caresse derrière les oreilles et la vie en général. Inutile de préciser que, pour toutes ces raisons, Henri le méprise de tout son être torturé.

Personne ne comprend mon tourment

Tous les épisodes de Henri sont drôles, mais je vous présente aujourd’hui celui de l’Halloween, pour rester dans le thème de saison.

Mon Dieu, quelle bouffonnerie…

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7 réflexions sur “Henri et la Nouvelle Vague

  1. J’a-do-re Henri!!! Serait-il ami de Grumpy Cat? Hmm, non. Grumpy Cat est trop simple pour l’existencialisme de Henri. J’aime surtout son accent… Si c’est vrai que l’on ne peut faire de la philosophie qu’en allemand, on ne pourrait « faire » Henri qu’en français! Merci pour cet article tellement bien écrit et qui est déjà un de mes préférés!

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    1. Merci Cláudio! Je suis bien d’accord quand tu dis que jamais Grumpy Cat et Henri ne pourraient être amis. Ils viennent de deux univers complètement différents. Et effectivement, Henri ne pouvait pas parler une autre langue que le français, comme l’indique le «i» de son prénom!

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