Les anges sont vaniteux – chapitre 91

Lundi 19 janvier

Je m’ennuie terriblement de James. Il me semble qu’on n’a pas eu beaucoup de temps pour se réconcilier que déjà, il était parti.

Mon dîner scolaire s’est passé couci-couça. J’ai dû ramener tout le monde à l’ordre avant qu’ils se lancent des patates pilées par la tête. Je déteste jouer la petite police, surtout avec les enfants des autres.

Nous y voilà. Après la colère, la tristesse.

Je prenais un café pour essayer de me réchauffer le dedans quand le téléphone a sonné. Johanne m’a dit que Diolinda refusait mon dessin. On me fait parfois des critiques et je les accepte, mais là, il n’y a absolument rien de constructif.

— Elle n’aime pas mon graphisme ? Elle avait déjà vu mon travail pourtant.

— Non, je ne crois pas que c’est ça. C’est seulement qu’elle n’est pas convaincue par l’encre de Chine. Elle trouve que ça fait trop « aérien ».

J’ai mis ma main devant le combiné pour que Johanne n’entende pas les insultes que je balançais à son auteure.

Moi, j’ai mis les mains sur les oreillesL'ange est scandalisé

— C’est exactement ce que j’ai cherché à faire : de l’aérien. C’est une histoire de feuilles, nom d’une pipe !

— Écoute-moi, a continué Johanne. Diolinda se prend pour une diva et je n’accepterai pas son prochain manuscrit. Mais en attendant, je dois respecter les délais et c’est plus facile de négocier avec toi qu’avec elle.

Alors ça, c’est le pompon ! Je n’ai jamais rien entendu d’aussi injuste. Je lui ai envoyé un rhume sur-le-champ.Fâché

— Tu parles d’un commentaire. On ne sait pas si c’est un compliment ou une vacherie. Ça m’enlève carrément le goût d’être fine.

— Voyons Anne, tu comprends ce que je veux dire. Je ne demande rien que tu n’es pas capable de me donner.

J’ai pris une inspiration.

Anne a regardé par la fenêtre ; elle a vu un chat que j’avais fait envoyé pour elle. Sa démarche souple l’a calmée.Le chat de l'ange

— Non, je ne peux pas donner plus. Tu m’as envoyé le manuscrit à la dernière minute et j’étais déjà en retard avant de commencer à dessiner. Ce n’est pas un texte qui m’inspire et le comble, c’est que James passe la semaine à Montréal.

J’ai eu l’idée du siècle !

— James est ici ? s’est-elle exclamée à l’autre bout de la ligne. Jusqu’à quand ?

— Vendredi.

Si elle m’avait dit qu’elle voulait l’inviter à dîner, je lui aurais lancé ma démission en pleine face, drâ-là.

— Demande à tes parents de garder les enfants et vient le rejoindre. Je vais te donner une indemnité. On va organiser une rencontre entre Diolinda et toi. Vous allez vous asseoir ensemble, vous parler et je suis sûre qu’on trouvera une solution qui conviendra à tout le monde.

Je suis un génie !

Je n’ai rien répondu.

Ben là ! Je ne peux pas faire mieux !

— Ça ne te tente pas ?

— Ce n’est pas ça. Mais c’est compliqué à organiser et ça va me priver de temps de travail.

— Je peux compresser les échéances un peu.

— J’ai un rendez-vous chez le dentiste demain pour faire ma deuxième série de temporaires. La journée va y passer.Le dentiste

— Bon, une autre diva.

C’est vrai. Anne, franchement !

— Hey, ce n’est pas moi qui bloque la ligne, ai-je dit sèchement.

— Voilà ce que je propose : demain, tu vas chez le dentiste. Mercredi, tu me fais deux ou trois petits dessins avec des médiums différents. Jeudi, tu prends l’autobus de bonne heure et on se voit en fin d’avant-midi avec Diolinda.

— Et tu l’obliges à choisir dans ce que j’aurai fait ?

— Promis. Tu pourras passer jeudi après-midi et vendredi en tête-à-tête avec James.

— Il travaille.

— Dans ce cas-là, prends ton indemnité pour te faire masser.

J’étais à court d’arguments.

Enfin!Enfin!

— Écoute, ce n’est pas pour tes beaux yeux que je te propose ça, a ajouté Johanne. Je suis sûre que Diolinda va tomber sous le charme. Ensuite, ça sera plus facile pour tout le monde de travailler.

Oh, et puis zut. Après tout, je m’imaginais très bien dans une piscine chaude en train de contempler la ville.Dans le spa

Sitôt le combiné raccroché, j’ai appelé mes parents. Maman avait une réunion des filles d’Isabelle, mais elle a accepté de l’annuler. Ils arriveront mercredi soir pour que je puisse partir très tôt jeudi matin. Je suis bénie des Dieux d’avoir des parents qui disent oui à tout. S’ils avaient eu l’intelligence de me faire un frère ou une sœur, ça aurait carrément été injuste pour les autres.Grands-parents

Il faut que j’aille rattraper le rhume que j’ai envoyé à Johanne.

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2 réflexions sur “Les anges sont vaniteux – chapitre 91

  1. … « c’est plus facile de négocier avec toi qu’avec elle »: on m’a déjà dit ça… C’est énervant; on paie le prix d’être poli et civilisé!… Serait-t-il mieux être méchant et sauvage?

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