Les anges sont vaniteux – chapitre 6

Jeudi 17 juillet

F-i-fi-n-i-ni. Je ne croirai plus jamais les prévisions bidon de ce Météo Maxouille.

Il fait chaud, donc. Encore. Évidemment, James n’est pas rentré ce soir. Il m’a dit de l’attendre vers 10 h, mais il est 10 h 15 et il n’est toujours pas là. Je sais, il a dit : « vers ». Même d’un point de vue sémantique, je ne peux pas l’attaquer.

Ça m’enrage.

Je suis de mauvaise humeur. Voilà, c’est dit. Je suis tannée d’attendre. Les gars de la piscine, James, le retour de la fraîcheur, les vacances : je passe ma vie à attendre quelque chose ou quelqu’un. Et J’HAÏS ça attendre. Je suis fatiguée. Je suis monoparentale. J’en ai mon ultime convoi.

Lion

Quand on a déménagé au mois de juin, je ne pensais pas que ça serait aussi dur de passer l’été à la maison avec les trois enfants. Si j’avais su, j’aurais carrément refusé. Je serais restée bien tranquille dans notre condo climatisé à faire marcher une machine qui baignait dans l’huile.

Tout ça, c’est la faute de James. Il dit qu’il m’aime, mais la vérité, c’est qu’il n’aime que ça job. On se demande s’il aime ses enfants, tiens.

Oups. Même avec le feu aux poudres, je vois que je déborde.

Allez, j’arrête là avant d’écrire des horreurs qui me feront arracher des pleines pages. Ça ira mieux demain.

Y’a intérêt.

Pages arrachées

Il me faut plus de temps. Je n’ai pas encore réussi à changer la météo parce que trop de monde prie pour que ça reste comme ça.

Par contre, j’ai bien avancé sur le dossier « Ça peut plus durer »

. Cette nuit, Anne a fait un rêve qui l’a mise de mauvaise humeur dès le saut du lit, ce qui est précisément ce que je voulais. Elle était capitaine d’un trois-mâts en pleine tempête et l’équipage était composé de morues séchées. En l’inspirant, j’ai réussi à libérer sa colère. Elle refoulait vraiment trop et comme on dit dans une certaine culture en parlant des gaz :

«Tout ce qui ne rapporte pas d’intérêt doit sortir.»

Poisson séché

C’est si difficile de lui faire voir ce qu’elle ressent. Je passe ma vie à lui rabattre des informations sur la pleine conscience, le courant zen et toutes les formes d’introspection possible : elle fait la sourde oreille. Ça la hérisse de s’observer elle-même. L’humour, la dérision, l’ironie et la mauvaise humeur créent un amalgame de faux-fuyants qui donnent au Mal tout l’espace pour prendre des proportions inutiles. Si elle prenait la peine de sonder le fond de son âme, Anne comprendrait que la météo est un paravent derrière lequel elle dissimule un autre malaise.

En réalité, elle vit une crise de la trentaine : elle refuse de dire adieu à ses 20 ans. Jusqu’à son anniversaire, il suffisait qu’elle parle de ses trois enfants — ce qu’elle fait en permanence — pour que les gens la complimentent sur sa jeunesse. Elle n’a pas changé depuis une semaine, sauf qu’elle est passée dans le camp de trentenaires et de ce côté de la clôture, tout le monde a des enfants.

Anne n’a pas du tout envie de laisser partir sa petite gloire.

Paon

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