Les anges sont vaniteux – chapitre 189

Vendredi 26 juin

Lumières a besoin d’une photo de moi qui peut être trafiquée (je veux dire améliorée). Ils m’ont demandé de trouver quelqu’un ; j’ai simplement appelé celle qui s’occupe de la garderie.

Pour une raison mystérieuse, elle m’a invitée chez elle, plutôt qu’à son studio. Je ne pensais pas que c’était aussi payant de tirer le portrait des enfants. L’appareil photo avec lequel elle a posé mon humble visage valait 25 000 $. Je le sais : elle me l’a dit.

C’était la première fois que je côtoyais la vraie richesse. Celle des gens ont tellement d’argent à dépenser que les murs du salon doivent mesurer dix-huit pieds pour faire rentrer le sapin de Noël. Je le sais aussi parce que quand je me suis exclamée sur la hauteur de ses plafonds, elle m’a dit sur un ton malheureux :

— Ben oui, j’ai dû acheter un sapin de Noël de douze pieds. J’en avais un de neuf pieds, mais ça faisait chenu.

J’ai choisi la face la plus compatissante de mon répertoire et je lui ai répondu :

— Ouais, je comprends. Mais « dans un sens », c’est un malheur heureux.

Je n’aurais pas mieux dit.

Elle n’a pas saisi l’ironie de mon réconfort et m’a amenée au sous-sol.

— On va faire la séance dans le cinéma maison. La lumière y est parfaite.

Elle m’a peut-être invitée chez elle parce qu’elle aime faire visiter son château.

« Dans un sens », je la comprends.

J’avais envie de prendre mes jambes à mon cou. Tout ça c’est beau, très beau, mais tellement ostentatoire qu’à force, ça porte au cœur. Ça manque de chaleur humaine, de conscience sociale et d’enfants. J’avais hâte de rentrer dans mon bungalow et de trébucher sur des jouets.

Cela dit, les photos sont bonnes.

La photographe a gommé — je cite — les marques de fatigue.

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2 réflexions sur “Les anges sont vaniteux – chapitre 189

  1. « L’appareil photo avec lequel elle a posé mon humble visage valait 25 000 $. Je le sais : elle me l’a dit ». Pour quinze minutes, ce genre de gens est amusant, surtout quand on peut être discrètement ironique avec eux… et ils penseront que l’on parle en serieux, bien sûr, car ils ne comprennent pas l’ironie.
    Dans une radio d’ici il y a un personnage qui est une mère très très riche qui s’occupe (en théorie) de son fils Léo (!) et de son mari Rô. Elle était très préoccupé parce que le gamin insistait pour assister à un match de soccer et elle pensait que ce serait peut-être trop violent; en plus on ne sait jamais le genre de gens que fréquente les stades etc. Mais, en échange d’un collier en diamants, elle a changé d’opinion, car le mariage inclût des concessions. Enfin, père et fils ont embarqué dans la première classe d’un vol pour assister à Barça versus Real Madrid… à Barcelone!
    Héhéhé! C’est le genre de problème des très riches! 🤑

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