Les anges sont vaniteux – chapitre 51

Vendredi 24 octobre

Je dois commencer à penser à l’Halloween. Quand j’entends Dominique parler de potages aux toiles d’araignée, de gâteaux aux citrouilles et de futures consultations chez le dentiste, je me sens décalée. Ici, l’Halloween est un dossier lourd. J’haïs cette fête. Il y a des cadavres et des cimetières partout. Ça pue la morgue.

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Anne a passé beaucoup de temps à l’église avec son père. Elle y a vécu des moments empreints de grâce et de beauté. Elle a assisté à des mariages d’amour et à des baptêmes joyeux. Elle a aussi vu des scènes comiques. Un curé qui égare la moitié de son prêche et qui doit s’arrêter en plein milieu d’une envolée lyrique ou un servant de messe qui s’étale de tout son long au moment d’amener le calice à l’autel, c’est très drôle.

À l’église, Anne a aussi rencontré la véritable douleur. Les services funéraires sont le royaume de la tristesse. Il faut avoir une foi profonde pour trouver dans ces messes espoir ou consolation.

C’est le cas de Jean-Eude qui aborde son travail comme une véritable mission. Il aide les personnes endeuillées du mieux qu’il peut et tente d’alléger leur peine. Les familles croyantes sont apaisées quand il leur parle de résurrection, de cycle de vie et de retrouvailles prochaines. Ce genre de discours irriterait les athées qui viennent chercher un rite de passage à l’église, alors il trouve d’autres paroles de consolation.

Anne admire son père qui sait instinctivement à qui il s’adresse. La douleur, peu importe les croyances, est toujours aussi vive, et Jean-Eude la respecte.L'église dans la brume

Quand Anne voit les symboles religieux et l’évocation de la mort recyclés en divertissement à l’Halloween, elle se sent mal à l’aise. Parmi tous les services funéraires auxquels elle a assisté, elle garde en mémoire celui d’une mère décédée dans un accident de voiture en même temps que ses jumelles. Son mari pleurait à fendre l’âme devant le cercueil blanc de sa femme et ceux, minuscules, de ses bébés.

Cet enterrement-là a profondément bouleversé Anne. C’est à cause de lui qu’elle a décidé que jamais elle ne décorerait la façade de son bungalow avec un faux cimetière ou qu’elle mettrait des pierres tombales en biscuit sur ses gâteaux. À l’université, on lui a déjà dit qu’elle manquait d’humour. Elle a répondu que le fait d’utiliser la mort pour faire rire manquait cruellement d’humanité.

Comme elle refuse de priver ses enfants d’une fête consensuelle ou pire, de les ostraciser, elle décore la maison avec des citrouilles sympathiques, de mignons chats noirs et des épouvantails souriants. Les petits ne voient pas la différence et Anne tient à distance la mort et son cortège de souffrance.Chats mignons

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2 réflexions sur “Les anges sont vaniteux – chapitre 51

  1. Très beau texte, ma chérie! Si nous fêtions l’Halloween chez nous comme che vous, je pense que je ferais le même que Anne! Non parce que j’aurais un problème avec la mort, mais parce qu’il y a des décorations plus légères, disons!

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