Ma petite sœur a le cancer

Chers amis,

Je prends une pose dans l’écriture des Anges pour vous parler de ma vie privée. J’entends murmurer au fond de la salle : « Rien de nouveau ici ; elle ne parle que de sa vie privée ! »

Moui. Mais non. Je ne parle jamais de mes sentiments sombres ni de mes angoisses. Je suis comme ça, pudique. J’aime mieux montrer mon côté givré, même si ce n’est pas forcément lui qui constitue l’essentiel de ma personnalité. Pourquoi changer aujourd’hui une recette qui marche si bien ? Parce que ma petite sœur a le cancer. Elle le vit très bien et prend la chose avec humour. Moi, c’est plus difficile.

Avec Teddy

Elle m’a raconté pourquoi elle avait annoncé sa maladie sur Facebook. La semaine passée, après être allée manger une poutine pour fêter les bonnes nouvelles qu’elle venait de recevoir, elle est allée au théâtre. En arrivant dans le hall, elle a senti l’atmosphère s’alourdir (je précise qu’elle est dramaturge et qu’au théâtre elle est connu comme Barabas dans la Passion). Elle m’a dit qu’elle avait eu l’impression d’être un détraqueur qui absorbait toute la joie autour d’elle . Pour ne plus vivre une pareille soirée, elle a écrit un mode d’emploi du comportement à adopter avec elle.

Je comprends parfaitement comment elle s’est sentie. À l’heure où la question d’usage est : « comment s’est passée ta rentrée ? » ma réponse glace le sang. « Je consacre le plus de temps possible à trois personnes que j’aime infiniment et qui se battent contre le cancer. L’une d’elles est ma petite sœur. »

Si je recopie ici – et avec sa permission — son texte, c’est par pur égoïsme de ma part. Chaque fois que je vous raconte ce que je vis, je retiens mes larmes. Vous saurez maintenant ce qui se passe et nous pourrons sauter cette étape difficile. Ma sœur a fait sa liste de souhaits, je la fais la mienne. Ce qu’elle vous demande, je vous le demande aussi. Ce n’est pas d’hier que nous avons les mêmes goûts!

Les perruques

Ami(e),
Je ne pensais pas t’écrire ça sur Facebook. C’est une nouvelle un peu platte et j’étais résolue à t’écrire en privé pour te le dire, mais j’ai changé d’idée et je vais te dire pourquoi tantôt. En attendant, voici la mauvaise nouvelle : j’ai vu un oncologue hier qui m’a confirmé que j’ai le cancer du sein. C’est un cancer de stade 2 (de type carcinome canalaire infiltrant). Je vais faire de la chimio pendant 6 mois pour essayer de réduire la masse le plus possible et je serai opérée probablement en mars. La chimio est plutôt agressive et je ne pourrai sans doute pas garder mes cheveux. Alors tu risques de me voir bientôt avec un coco, une perruque rose ou un assortiment de turbans et de chapeaux.
Se glissent quelques bonnes nouvelles au travers de tout ça : tous les examens que j’ai passés (os, cœur, poumons, etc.) sont normaux et il n’y a pas de raisons de croire que les ganglions sont affectés. Les petits cancers cachés sont vicieux et difficiles à traiter. Le mien est connu, gros, niaiseux, presque naïf, facilement attaquable. Les chances sont très bonnes pour que je conserve mon sein.
Dans les circonstances, c’est le scénario le plus positif et, moi, mon chum et mes enfants, on est sereins et optimistes.
Côté travail, je prends officiellement une année sabbatique. J’ai déjà contacté plusieurs des personnes avec qui j’ai des projets, mais pas tout le monde. Si on a un projet ensemble, ne t’inquiète pas, je t’écris en privé dans vraiment pas long.
Mine de rien, ça met un peu dans le jus d’avoir le cancer !
Astheure…
Pourquoi je te le dis, de même, publiquement, sans égard à la qualité et l’intimité de notre relation ?
D’une part parce que j’arrive pas à faire la liste de ceux qui « méritent » un message privé.
Quoi ?
Faire une hiérarchie ?
Non.
Bien sûr, je pourrais me taire.
Beaucoup le font dans des cas de même.
Ma mère que j’aimais tant et qui est morte du cancer du poumon craignait compulsivement les ragots et elle a gaspillé beaucoup d’énergie à cacher les détails de sa maladie. (Mais elle a fait des tonnes d’autres choses absolument merveilleuses !)
Je la comprends tellement maintenant. Ma mère et tous les autres qui ont choisi de se taire.
Peut-être plus que la maladie elle-même, la gestion de la communication dans la maladie est la pente pour expert de mon expédition en ski. Difficile. Épeurante. Rushante.
Mais tu es mon ami et tu me connais.
J’ai besoin de parler.
Ça me fait du bien.
J’ai besoin de rire et de partager.
Je choisis la transparence.
Alors voilà, je t’écris tout ça sur Facebook.
Ça nous évite le terrible face à face.
Ou la conversation au téléphone, alors que moi, je bégaye et que, toi, tu es sous le choc et que tu ne sais pas quoi dire.
Comme ça, tu as l’information exacte, en même temps que tout le monde, et tu peux prendre le temps de digérer la nouvelle.
Maintenant, si tu le permets, je vais profiter de l’occasion pour te donner un petit mode d’emploi concret pour la suite des choses.
On dit souvent qu’on est mal à l’aise et qu’on ne sait pas comment agir avec les gens parce qu’on ne sait pas ce qu’ils veulent. Alors je vais te le dire. De même. Simplement.

Voici les règles de base :

1— Si tu étais content avant de me croiser, continue d’être content. Rien de pire que se sentir comme la pluie qui débarque dans un party.
2— Parle-moi franchement. Je vais répondre à toutes tes questions. Ça ne sera pas un problème.
3— Ne me propose pas de thérapies alternatives ou de jus spéciaux miraculeux. Ne me parle pas de l’arnaque de la médecine moderne. Je sais que tu es bien intentionnée, mais je suis bien traitée et je compte bien m’en sortir en suivant le chemin que j’ai choisi.
4— Tu peux me raconter par contre les histoires de ta tante, de ta voisine ou de ta prof qui a eu le cancer. Tu me connais. J’adore les histoires. Même celles qui finissent mal.
5— Parle-moi de toi. Raconte-moi tes trucs. Comme si je n’avais pas le cancer.
6— Fais-moi un câlin. Dis-moi ou écris-moi un mot gentil. Parce que tu es mon ami(e) et que tu m’aimes bien (si jamais, on est ami Facebook et que tu ne m’aimes pas beaucoup, c’est peut-être l’occasion de t’éclipser en douce, discrètement… Je ne vérifie jamais si je me fais flusher !).

Je ne prétends pas que mes souhaits puissent convenir à tous ceux qui sont malades, mais voilà comment, moi, j’aimerais que tu réagisses quand tu me verras !
Je devrais commencer les traitements mardi le 27.
Je te donnerai des nouvelles, mon ami(e).
D’ici là, porte-toi bien.

Ma soeur a le cancer

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12 réflexions sur “Ma petite sœur a le cancer

  1. Je vais envoyer toutes les ondes positives à ta soeur, tout en sachant très bien, juste en lisant son texte, que sa détermination et son courage viendront à bout de ce cancer. Une dure épreuve qui ne durera qu’un temps, mais duquel elle en sortira plus forte!

    P.S. sur la première photo de toi et ta soeur jeune, j’ai cru voir Cécile. C’est fou comme elle te ressemblait au même âge.😊

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    1. Chère Valérie, je crois à toutes ces choses, aux ondes, aux prières, au courant de solidarité qui rendent la vie moins difficile. Merci de participer à notre chaîne d’entraide!
      p.s. oui, ma fille me ressemble et ma nièce ressemble à ma soeur. Les gènes ne trompent pas!

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  2. Je souhaite le meilleur à ta soeur! Je l’admire pour voir les choses d’une façon tellement claire et optimiste! Elle a tout à fait raison! Outre, elle a toi à son côté, ce qui est le plus important! Bon courage à vous tous!

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