La garde-robe de Monsieur

Les vacances de Noël ont laissé mon mari un peu plus enrobé. Je ne m’en plains pas, j’ai toujours eu un faible pour les beaux gros bras gras de Fred Cailloux.

Fred et Délima

Mais quand nous avons dû nous y prendre à quatre mains pour attacher son bouton de collet, je me suis sentie essoufflée. Il a fait l’air de celui qui n’a rien vu, moi aussi.

Nous avons banni le mot régime de la maison il y a des années (juste avant que je prenne dix kilos, si ma mémoire est bonne) et nous n’avons jamais remis en question cette politique éditoriale. Ceci nous place devant un dilemme : soit ces quelques bourrelets vont partir au vent, entraînés par la gravité et le temps comme les épines de notre sapin de Noël, soit on devra se lever un poil plus tôt pour attacher tous ces boutons récalcitrants.

Avec l’âge, j’ai perdu la pensée magique. Je crois plutôt à la maxime de notre ami Jean-François :

« Si c’est trop beau pour être vrai, c’est que c’est trop beau pour être vrai.»

Quant à me réveiller plus tôt, c’est totalement hors de question. Je me lève avec le coq la fin de semaine, mais il me faut une spatule à œuf pour me décoller du lit les matins de semaine. Vous pouvez protester comme mon mari le fait, mais c’est comme ça. Je n’y peux rien.

J’ai mis mes cellules grises au boulot et très vite, elles m’ont donné la solution : profiter des soldes pour refaire une garde-robe à mon mari. Je ne lui ai rien dit, évidemment. Il aurait dit que ça allait s’arranger tout seul, il aurait ajouté que nous n’avions pas les moyens et il aurait fini par s’autoflageller en affirmant que s’il avait été assez bête pour manger autant, il n’avait qu’à s’asphyxier dans des chemises trop serrées. Là, c’est moi qui aurais manqué d’air et on aurait fini par se crier un char de bêtises par la tête.

Tout ça n’aurait pas changé grand-chose puisque c’est toujours moi qui achète ses vêtements. Cet homme peut envoyer des satellites dans l’espace, mais il ne connaît pas son tour de cou, ne sait pas faire un nœud de cravate et ne repasse pas. Je le soupçonne d’ignorer où est la laveuse parce qu’à Noël, j’ai empilé tous ses cadeaux dessus pendant deux semaines et il ne les a jamais vus. Sans moi, il porterait encore les t-shirts Décatlon achetés quand il était étudiant. Je n’exagère pas : ils sont dans son armoire et me servent de pyjamas.

Husband and wife

C’est ainsi que je me suis retrouvée dans les boutiques ce matin. Devant l’étalage des chemises pour hommes sans repassage (c’est moi qui achète = c’est moi qui choisis), nous étions trois femmes et un homme. Les femmes examinaient les chemises, les comparaient, se conseillaient. L’homme soupirait, appuyé mollement sur son panier.

J’ai souri et je me suis imaginé la scène en inversant les sexes. Trois hommes étudient un étalage de blouses pour dames.

— J’aime bien ce modèle, mais j’aimerais une autre couleur parce qu’elle ne porte que du bleu et je suis tanné.

— Moi, je voudrais celui-là, mais en coupe standard parce qu’elle n’aime pas la coupe ajustée. Elle dit que ça la serre trop. C’est dommage, ça lui va super bien.

— Pour ma femme, c’est le contraire. Comme sa poitrine est menue, les tailles normales sont toujours trop grandes.

D’accord, jamais une femme ne se laisserait habiller par son mari. Mais connaissez-vous un homme qui sait toutes les mesures de sa femme?

Moi, j’en ai connu un seul et il était extraordinaire. C’était mon grand-oncle Wilfrid, le mari de ma tante Laurette. Il y a 60 ans de ça, il allait chaque matin chercher les paquets à la gare de Chandler. Il faisait ensuite la distribution dans les boutiques. Il prenait son temps, assistait à l’ouverture de chaque boîte et commentait les dernières tendances. Quand une robe lui plaisait, il la ramenait à ma tante. Il ne se trompait jamais, ni pour la taille ni pour le modèle.

Quand un vêtement avait besoin d’être remplacé, ma tante le disait à mon oncle et attendait patiemment. Elle recevait ainsi, sous-vêtements, manteaux et vêtements, sans mettre un pied dans les magasins.

Elle logeait à la même enseigne que mon mari. La chanceuse.

Husband and wife

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8 réflexions sur “La garde-robe de Monsieur

  1. On n’est pas gros, on n’est qu’un peu enveloppé… Ici, K est dans le gym et moi, qui était 70kg, j’y ai ajouté 9kg de plus depuis quelques années… et c’est pas du muscle!…

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